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SBTi V2 : anticiper le Removal Mandate 2035 pour un portefeuille corporate

La version finale de la Corporate Net-Zero Standard, publiée par SBTi le 11 juin 2026, impose à partir de 2035 une trajectoire d'achat de crédits removals dont 10% doivent être long-lived dès l'année d'entrée. Ce que ça implique pour un acheteur corporate SBTi.

·Nicolas Bonnet, Fondateur, Arka·Lecture 7 minPartager

En résumé

  • Le cadre SBTi ne change pas : cibles alignées 1,5 °C, périmètre scope 1+2+3, net-zero d'ici 2050 au plus tard. Ce que la V2 change, c'est le rôle des crédits carbone, encadré par deux nouveaux mécanismes :

    • Ongoing Emissions Recognition (OER) : reconnaissance volontaire à trois paliers, ouverte dès 2027. Successeur formalisé du BVCM des brouillons.
    • Removal Mandate : obligatoire pour les Category A companies (grands corporates au-dessus des seuils SBTi d'émissions ou de revenus). Impose une part croissante de crédits removals sur le scope 1+2+3 à partir de 2035.
  • Le Removal Mandate impose deux rampes emboîtées :

    • Rampe extérieure : 1% de votre scope 1+2+3 net à couvrir en crédits removals dès 2035, 100% de vos émissions résiduelles nettes l'année de votre net-zero (au plus tard 2050).
    • Rampe intérieure : 10% de vos removals doivent être long-lived (DAC avec stockage géologique, minéralisation) dès 2035, 100% long-lived l'année net-zero.

    Le carbone sol (Gold Standard SOC 402.3, Verra VM0042) reste éligible et couvre la portion short-lived, il ne peut pas couvrir la portion long-lived.

  • Deux décisions à programmer dès 2026 :

    • sécuriser vos volumes short-lived européens dès maintenant,
    • signer vos premiers offtakes long-lived pour livraison 2030-2040, avant que la demande corporate ne s'intensifie à mesure que les échéances SBTi V2 se rapprochent.

SBTi a publié le 11 juin 2026 la version finale de son Corporate Net-Zero Standard V2. Le texte entre en vigueur le 1er février 2027. Pour un grand groupe européen qui construit aujourd'hui son portefeuille carbone à horizon 2050, ce n'est pas une clarification technique mineure : il redéfinit ce qu'on achète, quand, et à quelle profondeur.

Si vous pilotez la stratégie carbone d'un grand groupe européen, côté sustainability, RSE ou climat, avec un net-zero SBTi validé et un portefeuille aujourd'hui majoritairement nature-based, voici ce que ce texte change concrètement et la trajectoire à programmer.

L'ossature ne bouge pas. Les crédits, si.

V2.0 est le premier successeur du Corporate Net-Zero Standard de 2021. Cibles alignées 1,5 °C, périmètre scope 1+2+3, engagement net-zero d'ici 2050 au plus tard : cette ossature ne change pas. Ce qui change, c'est le rôle des crédits carbone.

Deux mécanismes nouveaux dans la V2 :

  • L'Ongoing Emissions Recognition (OER), reconnaissance volontaire à trois paliers ouverte à partir de 2027. Successeur formalisé du BVCM des brouillons.
  • Le Removal Mandate, obligatoire pour les Category A companies (grandes entreprises au-dessus des seuils SBTi d'émissions ou de revenus). Il impose de couvrir en crédits removals une part croissante des scopes 1+2+3 à partir de 2035, en rampe linéaire jusqu'à 100% l'année du net-zero corporate, au plus tard 2050.

L'OER sert à raconter l'histoire de la stratégie climat. Le Mandate détermine ce qu'on tient en portefeuille.

Comment lire l'OER et le Mandate côté acheteur

L'OER s'organise en trois paliers de reconnaissance, dans l'ordre croissant :

  • Engaged : 1% des émissions ongoing couvertes.
  • Advanced : 100% du scope 1+2 et 10% du total.
  • Leadership : 100% de tout, budget référence 80 USD par tCO2e.

Les trois paliers acceptent removal, reduction et nature-based protection : le filtre est large.

Un point important souvent mal interprété : l'OER ne réduit jamais l'inventaire déclaré. La contribution volontaire est comptabilisée à part, jamais nettée des scopes 1, 2 ou 3.

Le Removal Mandate est plus resserré. Removals uniquement, à l'exclusion des crédits avoidance. Rampe linéaire de 1% en 2035 à 100% l'année net-zero. Et à l'intérieur, une seconde contrainte : au moins 10% de ces removals doivent être long-lived dès 2035, avec la même rampe jusqu'à 100% long-lived à net-zero year.

Long-lived, au sens SBTi, veut dire un stockage siècles à millénaires. Le texte cite le direct air capture avec stockage géologique et la minéralisation. Tout le reste (nature-based, biochar sans stockage géologique, la plupart des projets sol) est short-lived, décennies à siècles. Un futur Call for Evidence pourra rouvrir la question d'une équivalence entre les deux catégories, probablement pas avant 2028.

Où atterrit le carbone sol dans la taxonomie

Cette distinction long-lived / short-lived est le point de bascule pour tout portefeuille aujourd'hui dominé par du nature-based. Le carbone séquestré dans un sol agricole, sous méthodologie Gold Standard SOC 402.3, Verra VM0042 ou CRCF-agriculture, tient plusieurs décennies avec un buffer collectif autour de 20% et un monitoring de 20 à 40 ans post-programme. C'est donc du short-lived removal au sens SBTi.

Éligible OER aux trois paliers sans restriction. Éligible au Removal Mandate, mais pour la portion short-lived seulement : 90% du 1% en 2035, portion qui décroît chaque année à mesure que la part long-lived monte vers 100%.

SBTi ne nomme aucun standard privé dans le texte. Le crédit doit passer le filtre des Verified Mitigation Outcomes : émission ex-post, tiers indépendant, additionnalité documentée, garanties de reversal, retrait sur registre public. Gold Standard SOC 402.3 passe sans discussion, Verra VM0042 v2.2 aussi. Les cohortes ISO 14064-2 sont plus dépendantes du registre effectivement utilisé au retrait, à vérifier au cas par cas avec le vendeur.

Concrètement, le carbone sol européen ne devient pas caduc. Il reste dans le portefeuille éligible. Mais il ne suffira pas, seul, à couvrir l'obligation entière à net-zero year.

Épis de blé mûrissant en lumière naturelle

Ce que ça donne sur un portefeuille européen concret

Prenons une entreprise européenne dont le scope 1+2+3 net s'élève à 10 MtCO2e par an après les réductions déjà engagées. Un net-zero SBTi validé pour 2040. Elle achète aujourd'hui autour de 500 kt par an de crédits carbone, mix nature-based avec quelques removals techniques ponctuels.

À horizon 2035, la rampe SBTi impose 1% du scope 1+2+3 en removals : 100 kt par an. Dont au moins 10 kt long-lived. Le reste (90 kt) reste short-lived : carbone sol européen, reforestation certifiée, biochar hors stockage géologique.

À horizon 2040, année du net-zero : 100% des émissions résiduelles nettes. Disons 3 MtCO2e par an après les réductions engagées entre 2035 et 2040. En full long-lived. Un pipeline technique qui passe de 10 kt en 2035 à 3 000 kt en 2040. Un facteur 300 en cinq ans.

Un acheteur qui attend 2035 pour structurer ses premiers offtakes DAC ou minéralisation aura raté sa fenêtre. Les projets techniques ont 5 à 8 ans de développement, une capacité mondiale actuelle très inférieure à la demande projetée, et des prix qui montent avec la rareté. La décision se prend maintenant, pas dans dix ans.

Ce même acheteur peut, en parallèle, continuer à s'appuyer sur ses crédits sol pour la portion short-lived, jusqu'à net-zero year. Ils restent OER-eligible en attendant 2035, puis Mandate-eligible sur une part décroissante. Ils ne perdent pas leur valeur d'usage. Ils changent de rôle : du principal actif carbone au socle short-lived du portefeuille cible.

Deux chantiers à ouvrir en parallèle, dès 2026

Deux tracks distincts, à ouvrir en parallèle et non séquentiellement.

Chantier 1 : consolider le short-lived removal européen. Carbone sol Gold Standard SOC 402.3, reforestation Verra, quelques niches biochar agricole. Pilier stable, éligible sur la totalité de la portion short-lived du Mandate. Co-bénéfices agronomiques et biodiversité. Alignement CRCF. Narratif propre pour l'ESRS E1-7. La contrepartie : ne pas surpayer le short-lived en pensant qu'il couvrira le long-lived plus tard. Il ne le couvrira pas.

Chantier 2 : construire le pipeline long-lived. Signer dès 2026 des offtakes pluriannuels sur DAC avec stockage géologique, minéralisation par enhanced weathering ou basalte, éventuellement biochar avec stockage géologique s'il est reclassé long-lived (SBTi a évoqué un recadrage possible). Les volumes disponibles à l'achat en 2026 restent limités, quelques centaines de kt par an au niveau mondial, mais les développeurs ouvrent progressivement des tranches à horizon 2028-2032. C'est là que se joue le positionnement compétitif. Un ticket signé en 2026-2027 verrouille des livraisons 2030-2040 à des conditions qui ne seront pas celles de 2035.

Ce qu'il faut anticiper dans votre stratégie d'achat de crédits

V2 rend l'achat de crédits plus stratégique. Sur les contrats que vous signez aujourd'hui pour livraison 2028-2035 (offtakes pluriannuels ou achats spot), trois points valent d'être écrits noir sur blanc.

L'éligibilité SBTi. Déclaration explicite de la classification visée (long-lived ou short-lived), garantie que le crédit livré vaut Verified Mitigation Outcome au sens V2, clause de renégociation si SBTi durcit ultérieurement les critères. Sans cela, un crédit qui semble éligible en 2026 peut se retrouver disqualifié en 2035, sans recours.

La traçabilité du retrait. SBTi insiste sur l'assurance tiers ex-post et le retrait sur registre public. Un crédit ISO 14064-2 vérifié par une VVB reconnue mais retiré sur un registre non listé risque de ne pas passer. Les registres publics reconnus qui reviennent le plus souvent : Gold Standard, Verra, CRCF, ART TREES, Puro. Le nom du registre destinataire doit être fixé à la signature.

Additionnalité et reversal safeguards. Le Mandate resserre implicitement les critères. Baseline documentée, absence de business as usual, buffer pool structuré, monitoring défini contractuellement. Sur le carbone sol, ces éléments sont en place chez tout développeur sérieux. Sur du biochar ou du DAC, c'est à vérifier producteur par producteur et à documenter dans la due diligence.

Ce que SBTi V2 ne change pas

Le carbone sol n'est pas dévalué. V2 confirme au contraire, formellement, que les nature-based removals ont une place légitime dans une stratégie SBTi : OER dès 2027 aux trois paliers, portion short-lived du Mandate à 2035. Un portefeuille dominé aujourd'hui par du carbone sol européen ne se démonte pas, il se complète. Un pivot à 100% technique dès demain n'est pas exigé par le texte.

Le Mandate 2035 ne s'applique pas à toutes les entreprises. Il concerne les Category A companies, définies par les seuils SBTi d'émissions ou de revenus. Une PME, une ETI ou une entreprise Category B garde une flexibilité plus large. Si vous doutez de votre statut, faites-le confirmer par votre SBTi Target Validation Team avant de dimensionner votre portefeuille.

L'OER ne permet pas de compter les crédits contre les scopes. Le point est réaffirmé plusieurs fois dans le texte : la contribution volontaire est comptabilisée à part, jamais nettée de l'inventaire déclaré. Un service marketing qui présenterait un achat OER comme une réduction d'émissions serait en violation frontale du texte SBTi, et en zone rouge côté ECGT européen quand la directive s'appliquera en septembre 2026.

En résumé, sur le carbone sol : V2 en clarifie le rôle dans une stratégie net-zero, il ne le remet pas en cause. Le texte fixe simultanément un horizon (2035, 2040, 2050) qui rend indispensable un travail parallèle sur le long-lived. C'est un texte de recadrage, pas de rupture.

Une question sur vos crédits carbone ou sur ce qu'un texte change pour votre reporting ?